Africa rocks

Giulio Callegari - jeudi 08 septembre 2011
Vampire Weekend

Le 11 septembre aura lieu à la Villette, à Paris, Afro-Picks, un évènement imaginé par Questlove (The Roots) autour de la musique africaine. L'occasion de faire remonter ce papier sur l'influence de l'Afrique dans la musique occidentale, et plus particulièrement le rock.
 
Si on peut dire que les musiciens africains sont bercés par les sonorités occidentales (évolution électro du coupé-décalé ivoirien ou du kuduro angolais, par exemple), leur musique influence de plus en plus le rock indépendant anglo-saxon. L’arroseur arrosé.
 
Que la potion africaine influence l’electro, c’est de notoriété publique. L’electro est même tombée dedans quand elle était petite, toute petite. Que de grands artistes occidentaux, qui ne s'embarrassent pas de tribut à leurs influences, aient tenté une douloureuse – pour les oreilles -  et galvaudée expérience world music sur le continent noir, on s’en rappelle aussi. Mais que la hype rock londono-new-yorkaise se réapproprie avec talent les codes des musiques traditionnelles africaines, on ne s’y attendait pas.
 
Dans l’ère post-Peter Gabriel et post-Brian Eno – le premier pour son respect des influences africaines et son label Real World, le second pour l’album teinté d'afro-beat des Talking Heads qu’il produisait -  c’est Damon Albarn (Blur, Gorillaz) qui a rallumé la flamme de cette inspiration broussarde.

Damon Albarn pour Mali Music


On se remémore Brian Jones – feu le Rolling Stone -, parti en 1968 au Maroc pour enregistrer la musique soufie des Master Musicians of Jajouka et revenu avec plus de drogues que de son. Dans la même veine, le leader de Blur a signé un carnet de voyage musical sur son escapade au Mali en 2000. L’album sobrement intitulé Mali Music a un petit côté « la musique africaine expliquée à mon fils », mais l’intention est bonne. Il reviendra à Bamako en 2008 pour produire Amadou & Mariam. Entre-temps, pour un énième groupe, The Good, the Bad & the Queen, Damon Albarn a recruté Tony Allen, le batteur de Fela Kuti.
 
Ce regain d’Afrique insufflé par Albarn ne s’est pas éteint depuis. Si lui agit plus en découvreur/producteur/collaborateur, la scène qui reprend le flambeau balance cette musicalité sans visa directement dans ses partitions. Et l’ombre revendiquée de l’afro-beat de Fela Kuti plane au-dessus de la plupart de ces nouveaux groupes.
 
Les raisons sont nombreuses. Mondialisation, Internet, multiplication des voyageurs découvreurs qui vont dénicher poliment les perles du Sud. Les spécialistes y voient les rééditions de disques d’afro-beat par les labels occidentaux. Mais quelles que soient ces raisons, ces jeunes musiciens anglo-saxons assument mieux cette influence que les anciens, prouvant qu’ils savent comprendre les codes complexes et pluriels des sonorités africaines, rompus aux musiciens qui ont fait l’afro-beat. Ils montrent aussi que manger local en musique, c’est de l’histoire ancienne.

Grand Mix TV
Passons sur l’évidence londonienne The Very Best, le chanteur est malawite, c’est de la triche. Au Royaume-Uni, c’est Foals qui joue le plus de l’inspiration africaine avec des guitares afro-funk. These New Puritans, eux, usent des percussions comme les Batteurs du Burundi. Les Écossais de Franz Ferdinand seraient aussi portés sur la chose en ce moment.
 
Mais le gros des troupes est américain. Chef de file commercial : Vampire Weekend, avec leur instrumentalisation festive venue tout droit du township de Soweto, en Afrique du Sud, et du soukous de kinshasa. Le titre Cape Cod Kwassa Kwassa (cf première vidéo en bas de page), tiré du premier album, a réveillé le jeu de guitare congolais et les congas sauce pop outre-atlantique. La chanson sera reprise par Hot Chip et Peter Gabriel.
 
À New York toujours, les Battles, du label Warp, gardent leurs mélodies blanches comme neige mais y ajoutent une bonne dose de groove afro-funk. À l’instar des Yeasayer, qui composent des mélodies psychédéliques propres à la nouvelle scène indé en y injectant ce qu’il faut de rythmiques afro-beat. L’Antibalas Afrobeat Orchestra (ci dessous), lui, assume à 100% ses influences. Ces petits new-yorkais ont offert leurs services à Foals ou TV on the Radio. Grosse Pomme encore, Animal Collective mélange dans une pop-electro-psyché les rythmes africains avec un peu de tout, jusqu'au didgeridoo aborigène. À bien les écouter, on pourrait dire que les MGMT aussi empruntent des instrus du continent noir.
 
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Sur la côté ouest, on retrouve Fool’s Gold. Les textures sonores de leur Surprise Hotel  (cf deuxième vidéo) peuvent faire penser au Satongé, cet instrument inventé par le jeune Roger du Staff Benda Bilili. On retrouve ce mélange de rumba congolaise, de funk et de choeurs traditionnels, propres aux musiciens de Kinshasa. Le reste de l'album de ces docteurs ès Africa touche à l'ethiojazz, au chimurenga zimbabwéen. Ils chantent en hébreu. (Écoutez ici leur passage dans l'Éléphant Effervescent).
 
Et enfin Chicago, Illinois. On retrouve deux groupes. Les batteries de Tortoise sont légèrement africaines. Chez Mahjongg (cf troisième vidéo), par contre, l’hybridation est totale. Ces chicagoans donnent à écouter balafons, congas, tout ce que la "débrouille" africaine sait faire de percussions, et une construction tribale électrifiée et hypnotique bien rendue. Une passerelle est jetée avec le high-life ghanéen, lui-même mélange de cuivres militaro-jazz, guitares latinos ou ragtime US, lui-même influencé par les rythmiques syncopées de laSolitude des Champs de Coton. On arrête pas l'influence. 
 
Écoutez la Playlist Africa Rocks.

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Portrait de Anonyme

Cet article déchire : fourni historiquement, musicalement et bien écrit. Merci et bravo!!
Anna

Portrait de Doody

Une belle tartine de références dans cet article... c'est pas du flan!
 
Rien sur le Chicago afrobeat project, cependant?...
 
http://www.myspace.com/chicagoafrobeatproject
 
qui me semble bien s'inscrire dans la tendance décrite...

http://www.zicmeup.com/groupe/otubalajah/

Portrait de Giulio Callegari

L'article est davantage axé sur l'influence dans l'indie rock (cf playlist), Le Chicago afrobeat project, à bien l'écouter, fait littéralement de l'afro-jazz. Il est moins dans cette volonté d'intégrer les rythmiques dans un autre genre de musique. 
Jolie découverte que ce Project en tout cas, merci !

"Pour un bon tiramisù, 4 oeufs durs pas trop mous" Lascarpone

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