Air dans la Lune
Incursion dans la stratosphère. Radio Nova a reçu le duo AIR à l'occasion de la sortie de leur dernier album, comme un nouveau départ vers un safari lunaire. Un "Voyage dans la Lune", en somme - c'est d'ailleurs le nom de ce nouvel opus qui rend hommage au film éponyme de Georges Méliès - le premier à effets spéciaux de l'histoire du cinéma, restauré et colorisé - tout en musique - 102 ans après sa création.
Exercice de style difficile et pourtant si réussi. AIR nous transporte, on en a pris l'habitude. On connait leur penchant pour le lyrique, le psychédélique, l'expérimental… Et pourtant, dans leurs gènes musicaux respectifs, bien avant le succès, saviez-vous qu'il y avait Nino Ferrer, Pierre Vassilliu et le générique de l'Ile aux Enfants ?
AIR (pour l'acronyme Amour Imagination Rêve), c'est d'abord un duo. Jean Benoît Dunckel (au clavier), Nicolas Godin (à la basse) et un succès critique dès le premier album, Moon Safari. L'écho de leur musique atteient rapidement les oreilles de Sofia Coppola. Une collaboration naît. Trois B.O avec. Virgin Suicides, puis Lost In Translation et enfin Marie-Antoinette. Succès international, AIR cartonne à l'étranger.
Ayant réussi à ne pas se laisser piéger par leur propre électro-pop, le duo surprend aujourd'hui, à contre-pied, avec cette BO accompagnant la restauration du chef d'oeuvre cinématographique de l'inventeur des effets spéciaux : des envolées simples et décousues et un dyptique Homme/Lune en toute fin d'album absolument époustouflant. Assis dans les studios, derrières les micros, on leur a demandé ce qui les avait emmené jusque-là...
Pour l'un, les premiers souvenirs musicaux viennent de la maternelle avec "Une maitresse qui avait invité des musiciens, harpistes et saxophonistes pour faire découvrir les instruments à la classe", mais aussi Piccollo, Saxo et Cie et la musique de Robin des Bois (le Walt Disney) chantée par Pierre Vassilliu. Pour l'autre, ce sera Lettre à Elise, au piano. Les deux amis sont encore tout jeunes. Nous sommes à Versailles, ville qui les voit grandir, entourés d'Alex Gopher ou encore Etienne de Crécy - sur fond de New-Wave et de Joy Division. AIR a aussi beaucoup écouté Nova, dans les années 80. Le duo en a retenu une voix caractéristique, celle de Rémy Kolpa Kopoul - aujourd'hui toujours à l'antenne, aux manettes du Contrôle Discal.
Quand on leur demande ce qui les a fait voyager pendant cette période, ils répondent, l'un, l'autre, le générique de l'Ile aux Enfants, parce qu'ils imaginaient "un monde", mais aussi la musique Yiddish, intemporelle - comme hors du temps - qui les a toujours fascinés.
Le premier disque qu'achètera Nicolas ? Goldorak, chanté par Noam - "C'était au California Music, centre commercial Parly 2 - il s'en souvient encore - un endroit génial où il y avait des cabines pour écouter les vinyles". Pour Jean-Benoît, ce sera Oxygen, de Jean-Michel Jarre (la première fois que l'on entend le nom de ce disque dans les oreilles de l'un de nos invités) - "Si tu le cherches, d'ailleurs, il est chez moi", s'amuse Nicolas. Leur complicité est là.
Nicolas découvre Iggy Pop en 87 avec Real Wild Child, "une énorme claque" et un concert à la Villette qui le renverse. Soufflé par le son. "C'est à ce moment-là que j'ai vraiment pris conscience de ce que signifiait le rock'n'roll". Pour Jean-Benoît, la musique c'est aussi plein de petits groupes qu'il découvre à l'adolescence, parmi lesquels The Satellites et puis Bruce Springteen et l'aventure : "on avait 13/14 ans, on habitait Versailles, on est allé le voir jouer à la Courneuve, il a joué 4h30, il était trop tard pour rentrer, on avait plus de métro, plus rien. On était perdus (rires)".
Mais leur concert le plus marquant ? Un des leur, sans prétention, c'était à Athènes, la veille du 11 septembre 2001, le hasard du temps "on était au sommet artistiquement, une partie du public était montée sur des rochers, on était devant l'Acropole, il faisait nuit bleue, on jouait des trucs plutôt calmes et planants. Nico, à la guitare, m'a dit "regarde le ciel" - j'y ai vu un avion passait - avant d'ajouter "souviens toi de ce moment, tu te le rappelleras toute ta vie. Et aujourd'hui, oui, encore, j'y pense. Il y avait comme de l'innocence dans l'air, juste avant les attentats aux Etats-Unis." Un moment de plénitude et d'espace, encore. Toujours.
Espace et temps. Deux mots indissociables du duo et qui ont souvent été révélateurs, à rebours, d'artistes d'inspiration majeure. "On peut écouter un disque pendant des années sans qu'il ne se passe rien et puis un jour, vas savoir pourquoi, c'est la révélation, tu comprends chaque note, elle se révèle à toi, tu le ressens dans ton corps. Cela m'est arrivé avec Bob Dylan, pendant des années, je n'ai rien compris à sa musique, et puis un jour, j'ai entendu le génie".
C'est une question de patience, trouver le bon moment et de l'espace entre les instruments. Tout ce qui touche de près ou de loin à l'air, celui qu'on respire, tiens. Embarquez avec eux. Vous allez marcher sur la lune.
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Parly 2 le centre commercial avec les cabines d'écoute, non? Un centre commercial 70s totalement futuriste qu'on aperçoit dans 'Le monde sur le fil' de Fassbinder, bref un décor SF qui a dû les imprégner fortement j'imagine.