Guru, Face B: Jazzmatazz
Si Guru était un vinyle, il serait en rupture de stock. Mais sur ma platine c’est la Face B, Jazzmatazz, que j’ai usée jusqu’à la corde. Le rappeur Guru aura honoré son pseudo. Le MC producteur est décédé et c’est toute une école, toute une vision du hip hop qui pleure. Keith Elam avait été l’un des premiers à sortir le rap du ghetto pour l’emmener vers les sphères du jazz, mettant ainsi en valeur le rapport étroit unissant ces deux univers. Beats jazzy, soulful, lyrics conscients, flow impeccable ; avec Guru, même pas besoin d’être un vieux con pour se dire que « c’était la bonne époque ». Celle d’un hip hop peaceful et mélodieux : plus que des raps, des morceaux. Des chefs d’œuvre parfois même, comme le majestueux « Lifesaver » (clip) ou le classique « Plenty » avec Erykah Badu. En 1993, après 3 albums sortis avec Premier, Guru veut hip hopiser la note bleue… Il s’aventure en solo dans le projet Jazzmatazz, réunissant autour de lui une dream team de musiciens de jazz et de chanteuses soul : Roy Ayers, Donald Byrd, Lonnie Liston Smith, Ronny Jordan, Courtney Pine, Carleen Anderson, N'Dea Davenport ou encore DC Lee sont de la partie. Et bien sur MC Solaar avec « Le Bien, le Mal » (clip). Le résultat est édifiant : Jazzmatazz 1 sera un succès international et ouvre la voie d’un hip hop suave, tendre, doux. Il sera suivi en 95 du second volet de Jazzmatazz (Chaka Khan, Meshell Ndegeocello, Ini Kamoze, Ramsey Lewis, Jamiroquai, Ronny Jordan, Bahamadia…) qui poursuit cette balade en terre jazzy.
Suivra Jazzmatazz Streetsoul en 2000 qui, comme son nom l’indique, se paye une incursion en terre soul. La notoriété et le talent de Guru réunissent sur un même album Angie Stone, Macy Gray, Bilal, Erykah Badu, The Roots, Kelis, Craig David, Isaac Hayes, les Nubians ou Herbie Hancock.
Guru impose le « style Jazzmatazz » comme représentatif du « vrai hip hop », celui des nostalgiques, celui de l’élégance, en opposition à la new school qui n’a finalement en commun que l’étiquetage au rayon hip hop dans les bacs des vendeurs de disques…
En 2007, Guru clôt la série Jazzmatazz avec « Back to The Future », un album qui mêle les influences jazzy des 2 premiers et la modernité du 3ème, et la liste des invités s’allongent, de Slum Village à Raheem de Vaughn en passant par Common, Damian Marley, Omar ou Blackalicious.
Guru s’entoure des meilleurs ? Peut être bien qu’au final ce ne sont pas les autres mais lui le meilleur, celui dont le flow et l’avant-gardisme ont toujours été au niveau, celui qui a su rassembler dans les plus traditionnelles valeurs du hip hop, celui qui a porté le hip hop au bout de lui même en l’emmenant vers d’autres contrées.
Jusqu’à peu, Guru représentait encore une certaine vision de l’avenir de la musique ; depuis lundi, il est devenu le symbole d’une époque dorée, du temps d’un hip hop ouvert et tolérant, curieux, respectable et respecté.
Alors non, le rap n’est pas mort, mais celle de Guru nous rappelle, outre l'évolution ambigue du mouvement, la fragilité de ce dernier et l'importance de continuer à le faire vivre.
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