Le Festival Mondial des Arts Nègres
La troisième édition du Festival des Arts Nègres s'est ouverte en grandes pompes à Dakar vendredi dernier, 44 ans après la première édition. Avant que Bintou Simporé et les envoyés spéciaux de Radio Nova au Sénégal rendent compte de l'effervescence sur place, retour sur la plus belle expression du panafricanisme.
Unir les Africains et les enfants de la diaspora noire dans un grand rendez vous culturel, c'est la volonté de l'intellectuel sénégalais Alioune Diop et de sa revue Présence Africaine, puis des tenants de la Négritude, Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor, le "président-poète".
Senghor entend alors "parvenir à une meilleure compréhension internationale[...], affirmer la contribution des artistes et des écrivains noirs aux rands courants universels de pensée et de permettre aux artistes noirs de tous les horizons de confronter les résultats de leurs recherches."
Lors de son discours d'ouverture en 1966, le président-poète veut aussi montrer l'apport des cultures africaines aux autres cultures, et au développement de l'Humanité.
"On a nié l'art nègre sous le prétexte qu'il présentait des formes diverses. Et de fait, s'il est comme il est, c'est dans la diversité de ses domaines, de ses genres [...] comme l'art européen. [...] Il a fallu que Rimbaud se réclamât de la Négritude, que Picasso fut ébranlé par un masque baoulé, que Apollinaire chantât les fétiches de bois pour que l'art de l'Occident européen consentit, après deux mille ans, à l'abandon de la physéôs mimésis : de l'imitation de la nature"
Cette première édition est un succès retentissant. Les héritiers de la diaspora africaine, de Duke Ellington à Joséphine Baker sont venus montrer l'étendue de l'influence des rythmes du continent noir. Cette année, ce sont entre autres les ténors du hip-hop et du street art qui élargiront l'horizon de l'influence des arts africains.
Sous le haut patronage de l'UNESCO, des personnalités éminentes de la culture européenne sont venus témoigner leur intérêt pour les arts nègres et apprendre à saisir la diversité des cultures noires. André Malraux est alors un des dignes représentants invités par Senghor, dans une édition placée sous le signe du bilinguisme "français-anglais".
La deuxième se déroule en 1977, à Lagos, au Nigeria. L'événement se diversifie avec des conférences et colloques autour du thème" Civilisation noire et éducation". Côté musique, la programmation reste aussi prestigieuse et bariolée. Stevie Wonde, Myriam Makeba, Gil Scott-Heron et pour la première fois des représentants des cultures noires d'Amérique du Sud comme Gilberto Gil.
Il aura fallu attendre 33 ans pour que le Festival revienne, 44 pour qu'il revienne à Dakar, à l'initiative du Président sénégalais Abdoulaye Wade. Après des années de complications dues à l'immensité d'un tel rassemblement, comme en 1966, le Festival est enfin lancé.
Le Brésil est cette année invité d'honneur. Le pays de Seu Jorge est celui qui compte le plus d'habitants noirs ou métis, après le Nigeria. L'édition 2010 a deux thèmes principaux : "Qu'est ce que l'Afrique veut dire au reste du monde ?", pour la forme et La Renaissance africaine, pour le fond.
Renaissance car l'Afrique fut cette année "à la mode". Une coupe du monde, les 50 ans d'indépendance à la pelle, les yeux occidentaux se sont tournés un peu plus que d'habitude vers le continent noir. Mais derrière ces circonstances éphémères, ces événements marquent une réelle renaissance dans le discours de l'Afrique au reste du monde.
Des influences nouvelles qu'ils portent dans les musiques actuelles (de l'indie de Vampire Weekend au hip hop) à celles qu'ils ont imposées dans l'art, les arts nègres connaissent un souffle nouveau. Selon Wade il s'agit de livrer une "bataille intellectuelle" pour l'émancipation, pour que le peuple africain ait confiance en son "pouvoir créateur".
Si les présences sont floues pour ce festival, de grandes personnalités sont annoncées. Angélique Kidjo, Youssou Ndour, Diams, Rahzel, Wyclef Jean et beaucoup d'autres. Le sport n'est pas en reste avec des hauts représentants du ballon rond africain ou encore le trio d'athlètes afro-américains Smith/Carlos/Evans. Rappelez vous, ceux qui levaient leurs poings gantés de noir aux JO de 68. Conférences, colloques, expositions, théâtre, danse, sport, concert, film... pendant tout le mois de décembre, c'est le rendez-vous à ne pas manquer de cette fin d'année.
Nous vous en dirons un peu plus dès que l'équipe Nova arrive sur place !
Regardez ci-dessous la vidéo du FESMAN 1966.
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