Les vies de Nicolas Demorand

Thomas Carrié - mercredi 01 février 2012

On connaît sa voix. Elle nous parle, nous est familière et il sait en jouer. On ne sait pourtant pas grand chose de lui. De son enfance passée à parcourir le monde à son arrivée, en 2011 à la tête de Libération, Nicolas Demorand, invité du Pudding des 15 et 22 janvier dernier s'est confié à Radio Nova. Peut-être comme jamais.
 
Nicolas Demorand naît à Vancouver, en 1971 d'un père diplomate, puis part vivre à Boston avant de rejoindre Tokyo à l'âge de six ans. Il voit du pays, apprend le français sur le tard, maitrise parfaitement l'anglais. Son enfance ? la découverte. Sa passion ? les voyages… jusqu'à ce qu'ils les subissent, à l'âge de l'adolescence - ses parents ont l'obligation professionnelle de changer de domicile de façon régulière aux quatre coins du globe. Alors vient le "cauchemar", l'impression d'être arraché à ses terres - "A l'adolescence, on crée des amitiés, on connait les premières amours. Partir relevait à chaque fois d'une déchirure extrême". A 18 ans, vient le temps de choisir. Ce sera Paris ou rien. Il décide d'y rester.
 
De ces images colorées qui s'érigent en souvenirs, Nicolas garde une tendresse toute particulière pour les Etats-Unis. A chaque fois qu'il y retourne c'est avec une immense émotion. "Quand je suis revenu à Boston, que j'ai revu la petite rue ou j'habitais, le petit parc ou je jouais, ca m'a foutu la chair de poule. C'était la réconciliation avec moi-même. Au sens strict "mon pays". Tous mes premiers souvenirs sont américains, j'y ressens une énergie folle, une simplicité réelle, une inventivité intellectuelle, une jeunesse beaucoup plus tordue".
 
Et pourtant en filigrane, l'Amérique pauvre, obèse, laide, le terrifie, la "bagnole à outrance, la vie péri-urbaine", lui paraissent irrationnelles. Il aime revenir en France. Il a toujours été français après tout. C'est avec la bibliothèque de son père (mi-anglaise/mi-française) qu'il devient boulimique de lecture. La première fois qu'il en prend conscience, il vit alors au Japon. On est avant la mondialisation. A l'époque le Japon est une destination exotique. "C'était l'orient lointain, une autre fascination, la nourriture était incroyable. Aujourd'hui cela semble une banalité mais quand je voyais mon père manger du poisson cru, c'était la révolution." En partant du pays, il voit sa mère pleurer. Le Japon a marqué sa vie, il n'y est pourtant jamais retourné.
 
En France, les livres lui font pousser des ailes. "Je savais que j'allais faire khâgne et hypokhâgne". Ajouté à cela Normale Sup, une suite de hasard accumulés et il devient enseignant. Là, devant des élèves qui sont plus âgés que lui, il prend conscience "qu'enseigner est un art" "J'étais chaud intellectuellement, je sortais des concours. Très très entrainé, aujourd'hui je serais incapable de disserter, avec l'âge on perd en dextérité, en souplesse".

Enfin, vient la radio. Une envie. Un destin. Ce que lui nomme un "hasard absolu". La radio, par frustration pour ce qu'il lit, pour ce qu'il voit, avec ce sentiment de pouvoir faire mieux. "J'étais prétentieux à cet âge là, j'avais l'impression de ne pas être en phase avec mon temps. Je voulais changer les choses. Un parcours professionnel, c'est finalement très égoïste".
 
Alors il rédige et envoie des centaines de lettres au siège de France Culture. Une seule réponse. Celle d'Antoine Spier qui dit: "bonjour Nicolas, il n'y  a pas de place, toutes les équipes sont constituées, mais si vous voulez venir voir comment se déroulent les réunions de travail, venez".
 
Qu'à cela ne tienne, Nicolas y va. Pas de place, pas de chaise, oui mais voilà, le jeune homme est insistant, et qui plus est passionné. Il revient la semaine suivante et celle d'après. "Je squattais, dit-il, j'étais fasciné".
 
Peu à peu on le remarque. On lui accorde une première chronique - un débat de jazz - dont il ne garde pas que de bons souvenirs. "Première antenne, le rouge s'est allumé, j'ai senti un coup de coude, je savais qu'il fallait y aller. Je me suis liquéfié, j'ai pas réussi à articuler, je parlais comme un con".
 
Mais France Culture c'est aussi ça : "La liberté". Et laisser la chance à ceux que d'ordinaire on ne regarde pas. "A l'époque ou j'y suis entré, il y avait des gens de mon âge, on avait 23-27 ans, ils venaient de partout. On ne savait pas faire de montage. Pour tout dire, on ne savait pas faire grand-chose".

Des heures d'antenne plus tard, un matin on vient le chercher. La grande soeur frappe à la porte. "Toc toc c'est France Inter, Nicolas ça te dit de faire la matinale d'Inter ? Vas-y démerde toi". C'est ce qu'on lui dit. On le préfère à Hondelate, à Fogiel et aux grands noms. Radio France pratique le recrutement "maison". Comme Nova, on dira un "centre de formation"
 
"La première matinale, on ne dort pas bien la veille. Je n'avais pas peur techniquement, j'étais rôdé mais Inter est une antenne nationale, avec un autre public. On ne peut pas se permettre les mêmes choses. Il m'a fallu deux, trois réglages". Et deux, trois réglages après, sa carrière était lancée. Avec un style inimitable. Franc, direct, spontané. Et parfois quelques vannes, ratées, qui ont du mal à s'imposer devant ses chroniqueurs. Carlier d'abord. Et puis Porte. Et puis Guillon.
 
C'est suite au licenciement de ces derniers qu'il décide d'arrêter - et puis aussi un peu, pour ne pas se lasser - "J'ai appris, comme tout le monde, que mes chroniqueurs étaient licenciés, en lisant LeMonde.fr". La défiance a ainsi remplacé la confiance. Europe 1 lui ouvre les portes. L'aventure n'aura duré que peu. "Tout allait très bien, confie t'-il, mais un jour on est venu me trouver pour me proposer le poste de directeur de la rédaction de Libération". Un hasard encore ?
 
Libération, c'est une équipe, dans laquelle il n'est pas toujours facile de s'intégrer. "Je suis le seul directeur à ne pas avoir fait parti du cercle de journalistes historique de Libé. Avant moi Serge July (le fondateur) et Laurent Joffrin ont marqués leur époque". A sa manière, de fait, il essaie d'insufler autre chose. Peut-être "un vent de liberté" et l'esprit d'initiative. Un "principe philosophique de base", "SON principe philosophique de base". Un peu à son image et à celle de sa carrière. Car en à peine quarante ans, Nicolas Demorand est devenu un grand. 
 
Réécoutez le Pudding de Radio Nova avec Nicolas Demorand, en deux podcasts par ici.

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Nova, Nova, Nova... Rien de neuf là-dedans ! Quel intérêt que cette bio de l'archétype parfait du déterminisme bourdieusien. Papa diplomate, la mobilité (non pas dans les gênes) dans le background social, le bilinguisme, l'habitus, normal sup... Capital social, culturel, économique et symbolique cumulé ! En somme rien d'extraordinaire ! 
Planet Nova, SVP, ramenez nous des gens qui innovent, qui inventent, qui font vibrer nos coeurs et nos esprits ! Sans rien enlever aux qualités intrinsèques de M. Demorand, il y a des gens qui méritent bien plus que lui un petit éclairage sur notre petite planète qui ne se résume pas à un si petit monde ! 
 

Portrait de Anonyme

salut nova... please, parlez d'autre chose s'y 'ous plaît... j'aime pas ce type, c'est un chien de garde comme beaucoup d'autres... quand Porte a été viré d'Inter, il a applaudi des 8 mains... c'est un laquais de la bien pensance et du politiquement correct... il votera Hollande, j'en suis sûr !

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C'est mal de voter Hollande?

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C'est mal de voter

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